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…calmement, en se remémorant chaque instant
du lundi 20 avril 2026
Rester humble en faisant le bilan
Je n’ai passé que 35 ans sur cette terre (merci pour vos adorables messages d’ailleurs), mais je me suis quand même pris un sacré coup de vieux le jour où j’ai été amené à me présenter comme « développeur sénior » auprès de l’équipe que j’ai récemment rejoint.
« Développeur sénior, à 35 ans ? Sois sérieux Stan. T'as quoi, cinq, six ans… bon, okay, treize ans d’expérience dans ton domaine. Et t'as peut-être aussi commencé à t'intéresser au sujet bien avant que tu ne reçoive des fiches de paie pour cet intérêt à la chose numérique, mais quand même, sénior, pour qui tu te prends, alors que tu n’as fait que pousser des pixels pendant seulement l’équivalent d’un quart d’une carrière complète ? »
Ce dialogue intérieur un peu sévère (sur lequel on travaille avec ma psychologue, aucune inquiétude) est aussi révélateur de la difficulté à se rendre compte, soi-même et pour le reste de la société de la complexité intrinsèque du métier du développement. Ça n'est pas un job difficile, sauf peut-être pour mes confrères et consœurs du jeu vidéo aux conditions de travail notoirement dégradées depuis presque toujours, mais c’est un job complexe, aux milliers de facettes. Les méthodes d’il y a dix ans peuvent se révéler aussi cruciales à conserver que nocives à faire persévérer.
J’ai deux exemples en tête à ce sujet ; les deux sont tirés de mes études. Bien que bidouillant des scripts depuis le CM1, j’ai quand même choisi de « confirmer » ces compétences et de les enrichir d’un socle de connaissances par un parcours en études supérieures : passage par l’IUT d’Annecy, à l’époque où les DUT se faisaient en deux ans (ça n’existe hélas plus), puis par un cycle d’ingénieur à l’INSA de Lyon.
À Annecy, encadré par de jeunes enseignants-chercheurs voulant encore prouver la pertinence de la présence de leur département Informatique flambant neuf (j'étais dans la 3ème promo), j’ai eu la chance immense de recevoir les meilleurs cours de modélisation de données et de SQL que je pouvais espérer. Les enseignants prenaient soin de nous expliquer pourquoi et comment organiser correctement les données, piochant même (et en en expliquant les limites) dans des vieux pots appelés « MERISE » au lieu de l’alors plus récent UML, mais aussi en s’appuyant sur une base de données qui n’était pourtant pas, en 2008, la plus populaire ou la plus performante mais celle réputée comme stricte et sérieuse… Postgres.
Le parfait inverse se produit deux ans plus tard : alors que je débutais mes études à l’INSA, mon directeur des études de l’époque prenait le temps de nous demander à chacun, au début d’un cours pratique, nos passions diverses — j’appris plus tard que c’était pour vérifier si nous n'étions pas trop passionnés par les MMORPGs, grande inquiétude à l’époque pour la capacité des étudiants à suivre leurs cours. Au détour de la question, je me permettais d’en poser une moi aussi : « Pourquoi n’y a-t-il rien lié aux technologies du Web dans le descriptif des cours de cette année ? » En effet, il n’y avait, sans même parler de CSS, de PHP ou de Javascript, aucune notion de technologies fondamentales, comme HTTP, SSL/TLS, ou même HTML, et presque pas de réflexion liée à des architectures client-serveur, de répartition de charge, etc. La réponse, énoncée de manière implacable et naturelle, de cet homme d’alors une cinquantaine d’années, en septembre 2010, et en me vouvoyant comme tous ses étudiants par coquetterie : « Boah, vous savez, le Web, c’est une mode qui passera vite ».
Être sénior, c'est aussi apprendre qu’en matière de numérique, il est très important de rester humble, à tout moment et à tous les niveaux : Postgres est resté, le Web aussi.
Les 5 tabs
Aujourd’hui, on parle de ne pas transmettre des choses ou de les retrouver rapidement, que ce soit via des tokens, des indexes, des domaines inexistants, des noms de médicaments ou des adresses IPs un petit peu longues.
L’app européenne de vérification de l’âge est « techniquement prête »
…et c’est une bonne nouvelle. Attention, ne comprenez pas mal ma vision des choses : je ne suis pas un aficionado de vérifier l’âge des gens sur le net ; la liste des dérives potentielles est longue comme le bras. La solution européenne est cependant la plus pragmatique et raisonnable dans ce contexte : une solution en « double-aveugle », où ça génère des tokens qui permettent juste de prouver que la personne qui porte le token a plus de 18 ans, et c’est tout. Ça évitera à tous les services en ligne de demander à ce qu’on fasse des selfies gênants avec nos cartes d’identité, et que ces selfies fuitent ensuite pour se retrouver dans un ensemble de données vendues à la sauvette. Là, ça sera juste une app, et même pas forcément France Identité (on pourra s’identifier sur l’app d’un autre pays, si elle accepte une pièce d’identité française), et hop, on génère des tokens. Je peux m’endormir à peu près sereinement avec ça.Things you didn't know about indexes
Je ne sais pas si ça va devenir une tradition, mais voilà deux fois que mon deuxième lien est celui que je recommande chaudement à quiconque me lit et est développeur ou développeuse : il est extrêmement probable que vous soyez en contact avec une base de données dans vos projets, et une base de données, ça s’indexe. Ce post de blog parle principalement de Postgres, mais ses conseils sont assez universels, et couvrent autant des choses très basiques que des petits détails dont j’avais personnellement pas connaissance (alors que j’aime me targuer d’une certaine passion du SQL, héritée, vous l’aurez compris, de mes cours). Un petit billet bien utile à lire en espérant que ça accélère votre prochaine requête !Deleteduser-dot-com — a personal information magnet for $15
Si votre entreprise ou organisation ne supprime pas vraiment les données de vos utilisateurs quand ils suppriment leurs comptes mais remplace simplement leur adresse e-mail par une fausse adresse pour qu’ils ne puissent plus se connecter… déjà, votre respect du RGPD est sans doute à revoir (il faut vraiment supprimer les données, pas seulement les masquer !) mais utilisez au moins un de vos propres sous-domaines, ou un domaine qui n’existera jamais (finissant par .invalid par exemple). Sinon, quelqu’un, des années plus tard, achètera le domaine, et recevra étrangement tous les e-mails routiniers de vos comptes supprimés… oups.Why is IPv6 so complicated?
Même si IPv6 a récemment passé la barre des 50% du trafic constaté par Google la semaine dernière (ça fluctue toujours un peu, mais la tendance est là), le déploiement de cette technologie est encore très en retard, sachant que le protocole, succédant à IPv6, date quand même de 1994, il y a donc 32 ans. En France, on est bien en avance grâce au boulot des opérateurs et de l’Arcep qui les pousse à transitionner, avec des taux constatés dépassant les 85%. Hélas, certaines grandes plateformes comme GitHub ne proposent toujours pas leurs services en IPv6, et à un moment, il faudrait qu’on tape collectivement du poing sur la table pour que les géants du numérique montrent enfin l’exemple.Ever Wonder How Drugs Get Their Names?
Autre coutume, le dernier des cinq liens n’a rien à voir avec le numérique… et ça n’est pas non plus un lien sponsorisé, même s’il mène vers un domaine d’un membre de Big Pharma™. Au détour d’une nouvelle réjouissante (un nouveau médicament qui aide pour certains cancers assez dramatiques), les commentaires sur Reddit soulignaient que les noms génériques des médicaments comme « Elraglusib » semblaient tout droit sortis d’un mauvais tirage du Scrabble. Ça a poussé d’autres commentateurs à venir expliquer les règles standardisées du nommage des nouvelles molécules pharmaceutiques, d’où ce lien passionnant à lire, qui m’a appris qu’il n’y avait jamais de H, K, J, W ou Y pour des raisons d’internationalisation !
Le changelog
Beaucoup moins de liens que d’habitude, pour une raison que je ne m’explique pas trop — parfois, ma veille est moins dense, il faut bien que je l’accepte… Voici donc ce que j’ai quand même réussi à vous trouver cette semaine :
France to ditch Windows for Linux to reduce reliance on US tech
J’ai pris le parti pris de publier un article d’un site de tech américain pour parler de ce sujet, mais si vous voulez lire le communiqué de presse en français, il vous apprendra que oui, la ministre déléguée du numérique Anne Le Hénanff (enchanté) et le ministre des comptes publics David Amiel (enchanté également) ont demandé à toutes les administrations de fournir un plan d’ici la fin de l’année pour migrer les ordinateurs professionnels (postes de travail comme serveurs) à Linux. On parle de plusieurs millions de postes, donc c’est assez ambitieux.Yojam: a macOS default-browser shim that routes URLs through a rule engine
Si vous êtes sous macOS, ce petit utilitaire découvert ce dimanche permet de faire des redirections intelligentes directement sur votre système pour ouvrir le bon navigateur selon l’URL (et potentiellement en profiter pour faire des substitutions ou d’autres actions). En voulant en parler à mon ami Jonathan (le spécialiste des outils de productivité en tout genre), il m’a souligné l’existence d’un outil payant (8 USD) mais avec une interface graphique pour faire ça, appelé Velja. Si l’idée vous intéresse, ça vous fait donc deux options pour ce cas d’usage très niche !Tangled's newsletter — hello!
J’aime beaucoup le projet Tangled, ces Finlandais qui veulent faire une forge alternative à GitHub (comme Forgejo qui fait tourner Codeberg), mais l’idée est de s’appuyer sur l’ATmosphere, vous savez, la brique technique qui fait tourner Bluesky. Ils ont récemment levé des sous en Europe (et si vous avez essayé ou côtoyé des gens qui ont essayé de le faire en Europe, vous savez que ça n’est pas évident) pour essayer de faire un vrai projet solide, et ils veulent aussi proposer un support natif de Jujustu (jj), le nouveau système de gestion de version qui comble pas mal de lacunes de Git. Bref, ils sont chauds, ils ont de bonnes idées, ils avancent vite et bien, franchement, hâte de voir ce que ça va donner.Android now stops you sharing your location in photos
Un petit désagrément pour une bonne cause (éviter que les gens partagent sans s’en rendre compte leur géolocalisation à travers les métadonnées des photos). Mais si vous ne savez pas qu’Android fait ça et que vous le découvrez par hasard, forcément, y’a de quoi se taper la tête contre les murs.Hello old new “Projects” directory!
Et enfin, les gens de XDG, qui tentent de définir des standards à travers l’écosystème des distributions graphiques de Linux, ont décidé désormais de créer un dossier « Projets » dans les répertoires utilisateurs, histoire d’y stocker… bah les projets, comme on a un dossier « Musiques » pour les musiques ou « Téléchargements » pour les téléchargements. J’apprécie le fait qu’il explique que si ça nous saoule, on peut supprimer ce dossier, et normalement les applications sauront se rabattre sur d’autres dossiers pertinents de la spécification ; logique, mais chouette qu’ils y aient pensé.
Quoi de neuf chez Stan ?
J’ai fêté mes 35 ans, et c’est déjà pas mal.
…bon, okay, j’ai aussi réussi à me reposer un peu depuis mon retour de Vancouver y’a trois semaines, et je continue de travailler régulièrement, et normalement pour longtemps, avec mes nouveaux collègues du projet OSRD. C’est très chouette de pouvoir me projeter avec une telle équipe sur un projet aussi ambitieux au service d’un sacré bien commun : l’infrastructure ferroviaire que vous utilisez peut-être tous les jours.
Sinon, j’ai regardé très fort ma todolist de Tempoquiz, et il paraît que si je la regarde encore un peu plus fort dans les prochaines semaines, il y aurait une chance que les cases à cocher qui s'y trouvent se remplissent d’elles-mêmes. En tout cas, moi, j’y crois.
Je ne suis pas encore commentateur senior ou créateur de revue de presse expérimenté, mais n’hésitez pas à partager cette newsletter avec vos collègues et vos amis, ou à me répondre avec vos commentaires : c’est le petit cadeau que vous pouvez me faire pour compenser le fait que j’ai dû souffler fort vendredi dernier pour éteindre toutes mes bougies. (La pizza sur laquelle elles étaient posées était excellente !)
À très vite,
— Stan (@signez.fr)
C’était la version web de la newsletter de lundi.dev du lundi 20 avril 2026.
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