lundi.dev
…et ça fait mal de se prendre sur la tête ce(ux) qui s’y trouvait
du lundi 4 mai 2026
Numériser, c’est ouvrir des placards
Le saviez-vous ? En septembre prochain, toutes les entreprises françaises devront être en mesure de recevoir des factures électroniques. Pas forcément en émettre, vu que les petites et moyennes entreprises ne sont pas obligées de passer par ce système pour envoyer leurs factures pendant encore un an. Mais si les grandes entreprises, elles, sont obligées d’y passer pour leurs émissions de factures, les petites doivent bien avoir un « tuyau » pour les recevoir.
À vrai dire, c’est un non-sujet pour l’immense majorité des entreprises : à ce stade, c’est quasiment garanti que la solution proposée par votre système de comptabilité habituel est déjà conforme aux demandes de l’administration fiscale. Sauf que voilà : plein d’auto-entrepreneurs n’ont jamais ressenti le besoin d’avoir un vrai logiciel de compta pour leur trois ou quatre factures par an. « Un tableur pour mes 4 opérations annuelles, ça marche bien, et puis je fais ma petite facture sur Word [ou mon fichier Illustrator, si je suis graphiste], je génère un PDF, et hop, c’est fait. »
Malgré son nom, la facturation électronique n’a rien à voir avec le fait de générer un document en PDF ou de l’envoyer par e-mail ; c’est tout un système différent de métadonnées et d’envoi traçable en ligne entre plateformes labellisées par l’État. Eh oui : c’est mis en place principalement pour que l’administration vérifie qu’il n’y ait pas de fraude à la TVA ! C’est aussi pour ça que des dizaines de milliers de gérant·e·s d’entreprises ont reçu un e-mail du fisc en plein mois d’avril pour leur rappeler qu’il faudrait peut-être s’intéresser à cette affaire, même si encore une fois, en septembre, ça n’est qu’une affaire de réception de facture, et non d’envoi.
J’ai l’impression qu’on va revivre en accéléré ce qui s’était déjà un peu produit y’a quelques années avec le passage à la DSN, la « Déclaration Sociale Nominative » ; j’ai découvert ça lors de la création des Croissants en 2017. Après plusieurs années de rappels et de décalage, les URSSAFs avaient enfin réussi à obliger tous les employeurs à déclarer à l’administration chaque mois les paies qu’ils faisaient à leurs employés. Ça me semblait très naturel comme nouvel employeur qui voulait bien faire, mais c’était une ré-vo-lu-tion pour d’autres, qui râlaient à tous les étages ; pour caricaturer, certains patrons en étaient à défendre le droit de calligraphier à la main leurs fiches de paie juste parce que l’administration osait leur demander de faire quelque chose qui me paraissait, quand même, franchement évident… sans doute car ça les forçait aussi à faire leurs opérations de paie à l’heure chaque mois, là où ils s’asseyaient allégrement sur le droit du travail auparavant. (Je conçois qu’il y a sans doute aussi une part de phobie administrative, ou un simple désintérêt profond pour la chose, mais hey, ça fait aussi partie du quotidien de l’entrepreneur à un moment…)
C’est le revers de la médaille de ce processus : en plus de l’exclusion potentielle des éloigné·e·s du numérique (et on peut vraiment le déplorer, et surtout essayer de le « compenser »), il force aussi tout le monde à respecter les règles, en vrai la loi, qui ont toujours été en vigueur, mais que l’usage bafouait sans vergogne.
Bref, si vous avez reçu cet e-mail du fisc, soufflez un grand coup et penchez-vous simplement sur ce sujet. Et si vous n’avez vraiment que cinq ou six factures par an et pas de plateforme comptable, y’a des solutions gratuites qui vous dépanneront très bien, et vous aurez oublié dans deux ans que c’était un sujet.
Les 5 tabs
Aujourd’hui, je vous propose une avalanche de fails sur son lit de désillusions.
Copy Fail
Si vous gérez des serveurs, vous devez les mettre à jour. C’est une règle qui est valable à tout instant, mais aussi et tout particulièrement en cette période de turbulence où de très nombreuses vulnérabilités sont trouvées ; là, on parle d’une capacité pour tout utilisateur à devenirrootsur à peu près toutes les distributions Linux communes, sans efforts, en utilisant un module du noyau qui est activé dans énormément de configurations très répandues. Les distributions ont été prévenues de manière assez cavalière (certains diront plutôt de manière « irresponsable »), et les implications sont dramatiques. Bref, vraiment, en ce moment, mettez à jour vos serveurs. Et toutes vos machines, en fait.Ghostty Is Leaving GitHub
Mitchell Hashimoto est ce que l’on peut aisément qualifier de leader d’opinion : son projet, Ghostty, a passionné des foules de développeurs par son objectif ambitieux de créer un terminal ultra-rapide et de très bonne qualité, le tout en documentant sa démarche. Donc quand Mitchell annonce que malgré son attachement immense et historique à GitHub, il va faire déménager Ghostty de la plateforme, on dépasse le stade de goutte qui déborde du vase. On le sait maintenant depuis quelques mois que GitHub commence à sombrer, avec moins de 90% d’uptime et des problèmes qu’on a tous constatés au quotidien. La plateforme souffre horriblement de la gestion exécrable par Microsoft, obsédés qu’ils sont par leurs tentatives de mettre Copilot partout au lieu d’investir dans les infrastructures et le remboursement de la dette technique accumulée depuis des années. C’est franchement triste de voir une telle plateforme s’enfoncer dans la médiocrité, mais c’est peut-être l’occasion de réfléchir collectivement à de meilleurs lendemains…WTF: Microsoft forces "Co-Authored-by Copilot" in commits
Non content de ruiner GitHub pour tout le monde, Microsoft continue dans sa marche perpétuelle vers la détestation générale en rajoutant une mention digne du « Envoyé depuis mon iPhone » d’antan, si ce n’est que la plupart des utilisateur·ice·s de VSCode, leur éditeur, n’en étaient même pas conscient·e·s. Comment une telle erreur peut se propager sans que personne ne s’en rende compte ? Les implications légales ne sont pas anecdotiques non plus : en marquant dans leur dos leurs commits avec cette mention, il est possible que des employés se soient fait réprimander injustement. C’est absurde, bien à l’image d’un géant du numérique qui ne se soucie plus de la base de son métier, et ça va encore pousser des gens vers les alternatives. D’ailleurs, Zed 1.0 vient de sortir !The people do not yearn for automation
Une fois n’est pas coutume, je partage un lien que j’ai pourtant largement évoqué (et traduit en direct) durant mon stream lundi.dev de lundi dernier : un édito très bien écrit de Nilay Patel, le rédacteur en chef de The Verge, le célèbre site d’actualité américain sur la tech. En une vingtaine de paragraphes, Nilay arrive à mettre le doigt sur quelque chose qui nous semble évident mais qui n’est pas toujours facile à pointer précisément, cet état d’esprit cassé qu’il appelle « Software Brain » (que j’ai traduit en direct par « Pensée logicielle »), et qui veut faire rentrer au forceps toutes nos activités humaines dans des bases de données et résumer toutes nos vies à des lignes indexées. Surtout, il s’appuie sur de nombreux sondages de la population qui montrent que malgré la progression de l’adoption des différentes nouvelles technologies d’IA, le public est de plus en plus hostile à cette vision jusqu’au-boutiste qui nous pousse sans arrêt à adopter des comportements absurdes pour une grande partie de la population. Très utile à lire, au point donc de vous le recommander à nouveau si vous l’aviez raté.De la création d’Ygg, et de sa destruction
Décidément, ce créneau du cinquième lien semble vraiment convenir à la vidéo, et ce documentaire de Sylvqin sur la création puis la chute vertigineuse d’une célèbre plateforme de torrent française est passionnant, surtout si comme moi vous n’aviez plus trop téléchargé d’œuvre ces quinze dernières années (qu’elles sont lointaines, ces années de suivi de LOST quelques heures après leur diffusion aux États-Unis…). Des témoignages, des explications, des rappels de l’« éthique » du partage mais aussi des opportunistes qui en profitent pour se gaver, bref, ça vaut le détour.
Le changelog
Ma vision est troublée par une fièvre de printemps qui ne veut pas me quitter, mais je suis sûr que vous trouverez quand même des choses intéressantes dans cette liste de liens collectés ces quinze derniers jours :
Contributor Poker and Zig's AI Ban
Si vous gérez un projet de logiciel libre ou que vous êtes intéressés par les sujets de gestion de contributions externes, ce post passionnant de Loris Cro, vice-président de la Zig Software Foundation, va vous permettre de mieux comprendre pourquoi le projet Zig a décidé d’interdire complètement l’utilisation des IAs génératives au sein de leur communauté.I Left Port 22 Open on the Internet for 54 Days. Here's Who Showed Up.
Qu’est-ce qui se passe aujourd’hui si vous laissez un port SSH ouvert et notez ce que les gens font avec ? Traditionnellement on appelle ça un « honeypot » (pot de miel), et si vous êtes curieux·se, cet article devrait satisfaire vos envies de nectar numérique.Bugs Rust Won't Catch
On le dit bien assez souvent : Rust permet d’éviter une planquée de bugs par défaut, simplement en proposant de meilleures primitives et en vous empêchant de vous tirer des balles dans le pied par erreur. Malgré cela, notre créativité humaine ne nous empêche pas d’écrire de beaux bugs memory safe, et cet article recense ceux trouvés par un audit deuutils, la récente réécriture des outils de basecoreutilsen Rust.Tracking the history of the now-deceased OpenAI Microsoft AGI clause
Simon Willison s’est lancé dans une tentative rapide de lister tout ce qui est arrivé à cette étrange clause de revoyure qui était présente dans les investissements de Microsoft dans OpenAI.dust, une alternative à
duécrite en Rust
Si ça vous arrive régulièrement de vous demander ce qui prends de la place dans ce dossier dans lequel vous travaillez, vous connaissez peut-êtredu(pour disk usage, si vous ne saviez pas). Eh bien voilà que des gens ont réécritduen Rust, pour en faire une version qui permet d’avoir en un coup d’œil un aperçu de ce qui est le plus massif dans le dossier en cours, avec des jolies couleurs mais surtout un côté très pratique et pragmatique. Ça s’appelledust, et j’aurai aimé le découvrir avant mon nettoyage de printemps.The zero-days are numbered
Le directeur technique de Mozilla persiste et signe : leur accès à Claude Mynthos (pardon, Mythos) leur donne un coup d’avance sur les attaquants. Espérons que ça soit vrai pendant encore longtemps !Asahi Linux Progress Report: Linux 7.0
C’est un peu l’équivalent des « Dolphin Progress Report » des émulateurs mais pour la programmation du noyau Linux : l’équipe qui se charge bénévolement de l’adaptation de Linux pour les nouvelles machines Mac basées sur les puces Apple Silicon documente régulièrement leurs avancées d’une manière assez accessibles et j’adore m’y plonger pour comprendre leurs embûches.Apple Says Mac Studio and Mac Mini Will Be in Short Supply for Months
Vous vouliez installer justement Linux sur une petite machine Apple avec des performances bluffantes ? Va falloir s’armer de patience : y’a rupture de stock. Et apparemment, c’est la même chose qui se profile pour les MacBook Neo. Espérons qu’Apple retienne de cet immense succès qu’il peut être très rentable de faire des produits de qualité à des prix plus raisonnables !
Quoi de neuf chez Stan ?
Écoutez, j’aurais aimé vous dire que j’ai bien avancé sur mes projets, mais décidément, le sort s’acharne, vu que ça fait deux semaines que je n’arrive pas à faire quoi que ce soit de productif durant mon temps libre. Y’a dix jours, parce que je faisais une pause dans mon traitement (il faudra que je vous raconte comment je m’organise autour de mes prises de méthylphénidate à l’occasion…) ; ce week-end du 1er mai, c’est plutôt une sorte de crève-de-printemps qui m’explose de fatigue actuellement et qui a d’ailleurs grandement réduit la qualité de l’édito que vous avez pu lire (et je m’en excuse).
Bon, j’exagère un peu : j’ai quand même réussi à enfin mettre en ligne ma conférence de Vancouver, dont je vous ai tant parlé ces dernières semaines. Ça s’appelle Blousques: Challenges in Translating Bluesky's User Interface, ça parle des défis que j’ai rencontrés pour traduire Bluesky en français, et y’a même des sous-titres pour comprendre mon anglais approximatif.
J’aurais aussi aimé vous dire que je me sentais confiant sur le fait que j’allais avancer dans les deux prochaines semaines, mais soyons honnêtes : je serai dans le public du marathon caritatif vidéoludique Speedons à crier des « MIAOUUUU » à m’en éclater la voix, le tout au bénéfice de Médecins du Monde, donc je n’aurai pas la tête à ça. Il ne manquerait plus que je choppe une autre crève d’ici le prochain week-end, et je devrai vous trouver encore une autre pirouette pour vous parler de Tempoquiz sans n’avoir avancé d’un iota.
J’espère grandement qu’à l’heure où vous lirez ces lignes, ma fièvre aura disparu et que je boirai un chocolat chaud avec des collègues, bien réels ceux-là, mais n’hésitez pas à répondre à cet e-mail avec vos anecdotes de numérisations qui se sont bien passées pour vous mais qui ont fait hurler vos connaissances, ça m’intéresse.
À très vite,
— Stan (@signez.fr)
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