lundi.dev
…se remettre à écrire, déjà : content de vous retrouver enfin :)
du lundi 21 septembre 2026
Bonjour ! Désolé du retard à l’allumage cette rentrée, j’ai eu quelques contre-temps. Je vous en parle en fin de newsletter, mais me revoici de retour toutes les deux semaines comme avant. Bonne lecture !
Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ?
L’été est passé, et à vrai dire, la rentrée aussi. Même si j’ai pu profiter de quelques semaines de vacances, et souffrir comme beaucoup d’une chaleur étouffante qui m’a obligé à ralentir la cadence, je me sens déjà un peu fatigué de me sentir sans arrêt comme un lapin devant des phares.
Qu’est-ce qu’on fait, face à ce qui se passe dans notre industrie, face à ce qui se pratique dans certaines entreprises où l’on interdit de facto aux développeurs d’exercer correctement leur métier en les obligeant à ne parler qu’à des agents, face à la bulle financière qui ne cesse de grossir avec toujours plus de moyens injectés dans des data-centers qui pour la plupart ne sortent pas de terre et aux millions (!) de cartes graphiques stockées dans des hangars à Taïwan, face à une classe journalistique qui ne daigne plus prendre du recul et ne cesse de publier des articles à chaque déclaration d’un PDG de boîte située à l’autre bout du monde, face à des politiques qui se font bassiner par des scénarios apocalyptiques absurdes pendant que les effets délétères bien réels sur toute une génération d’élèves et d’étudiants commencent à se faire sentir, face à cette médiocrité ambiante qui remonte à la surface via ces affiches générées laidissimes posées sur les vitrines de nos supermarchés et via des chansons IA cringissimes diffusées par des proches pour fêter la naissance de leur enfant, face à ces problèmes de mathématiques résolus qui remettent en cause la manière même dont on finance la recherche fondamentale, et enfin, pour revenir à mon quotidien, face aux dizaines de milliers de projets vibecodés pullulant sur GitHub, comme abandonnés devant les portes de notre attention ?
Honnêtement, je n’en sais rien.
Au quotidien, je n’utilise pas d’agent pour coder. Je n’ai pas de cadre qui m’obligerait à le faire, et si y’a bien une curiosité intellectuelle de ma part de voir « ce que ça donnerait » sur quelques tâches fastidieuses que j’ai en tête, l’idée de devoir mettre en place un bac à sable sécurisé me fait vite passer l’envie (et oui, laisser ce qui reste un programme probabiliste exécuter du code arbitraire, ça me terrifie encore).
Sur les autres usages des LLMs, disons que j’utilise parfois le prétexte de vouloir vérifier l’état de l’art des chatbots grand public comme Claude ou Gemini en posant une question environ une fois par mois pour me débloquer sur un truc. Est-ce que j’ai vraiment besoin de cette raison pour le faire ? Eh, j’ai encore besoin de compenser une honte bien profondément installée d’utiliser, même rarement, ces LLMs, après avoir lu au sujet des conséquences en amont et en aval de cette technologie.
Les débats qui traversent l’industrie sur le caractère « viral » de ces technologies me fatiguent aussi. Est-ce que j’ai envie d’ajouter à la longue liste des combats qu’on doit mener, notamment en France, celle de jeter des pierres plus ou moins affûtées à celles et ceux qui utilisent, par méconnaissance ou insouciance, ce genre de technologies ? Est-ce que le mépris et le dédain ne suffirait pas, plutôt que l’affichage systématique (surtout d’individus) avec les risques de cyberharcèlement qui peuvent en découler ? Ce n’est pas une question rhétorique, je ne sais vraiment pas, et mes réponses dépendent vraiment du contexte.
Est-ce que chercher un entre-deux (comme se limiter à des modèles « ouverts » auto-hébergés), c’est déjà valider, ou au moins justifier rétroactivement les problèmes dont on a déjà tant parler ? Est-ce que ça n’est pas de chercher un compromis avec le diable ? Ou est-ce que c’est accepter que ce sont aussi des combats qui se mènent dans la durée et de manière collective, et qu’il faut bien comprendre que chacun et chacune font avec les outils et les moyens qu’ils et elles ont leur disposition ?
Quand plus de 80% de l’audience de mes streams m’indiquent utiliser des outils de code par agent type Claude Code, il va peut-être falloir que je sorte de ma bulle avant que l’autre n’explose.
Les 5 tabs
Aujourd’hui, on parle de la manière dont on parle des « IAs », de gars pas oufs qui trainent de nos milieux, d’un nouveau type de modèle, d’un vote loin d’être anodin, et du mot « vernaculaire ».
« L’IA va tous nous tuer » : anatomie d’une faillite journalistique
Si vous ne devez lire qu’un seul article de cette newsletter, c’est celui-ci. Cet article d’Arrêt sur Images, rendu gratuit par le vote des abonnés, revient sur la manière dont les médias grand public ont relayé les cris d’effrois de certains dirigeants et autres développeurs des fournisseurs de modèles de langage. C’est un long papier, mais son auteur, Thibault Prévost, a vraiment fait un effort de documentation notable, et j’ai appris pas mal de choses à sa lecture — notamment l’origine vraiment bizarre de la fameuse expérience de pensée des trombones (ce qui va me pousser à ne plus trop l’utiliser…). Ça vaut votre temps, et c’est gratuit, profitez-en !Weird little guys of FOSS
Si vous ne le savez pas déjà, un certain nombre d’acteurs du monde du logiciel libre ont des opinions réactionnaires ou carrément fascistes. Ça peut paraître étrange dans une communauté qui peut sembler par ailleurs ouverte et bienveillante, mais ça rend d’autant plus important de rester prudents : on observe un afflux de plusieurs millions de dollars pour soutenir des projets et faire gagner en respectabilité des personnes aux idées nauséabondes en profitant de la précarité du milieu, que ça soit encore une fois par méconnaissance ou par insouciance.Introducing System One Models & Jev
Imaginez si on ne gardait que le côté « logique floue » des LLMs, et qu’on gérait le reste avec du bon vieux code qu’on est capable d’écrire, de comprendre et de gérer. Ou pour le dire différement, qu’on rend facile de ne faire que ce qui est difficile à faire par du code par un développeur moyen comme moi, comme analyser du texte pour savoir s’il fait partie de telle ou telle catégorie. C’est un peu la promesse des « System One » promus par un nouveau fournisseur de modèle, TypeSafe : en entrée, vous donnez du texte et des questions fermées (oui / non, un score, ou un choix parmis des propositions), et un modèle de ce genre (plus ou moins) nouveau vous répond ultra-rapidement et à un coût ridiculement faible, au lieu de générer des tonnes de textes que vous ne pourrez pas facilement utiliser dans votre outil. C’est une approche qui me parle davantage et qui s’éloigne un peu de l’« IA générative ». À surveiller !Résolution générale de Debian : usage responsable de l’IA générative
Debian, le vénérable projet de distribution Linux, a voulu trancher sur le sujet de l’acceptation ou du rejet des contributions réalisées avec des LLMs et autres agents de code. Le résultat, c’est cette proposition E : ils ont décidé de ne pas décider, et de rappeler juste les principes de base de qualité du code et de responsabilité des contributeur·ice·s. Encore plus notable : vu que Debian utilise la méthode de Condorcet pour ce genre de votes, on peut voir l’ordre des résultats, et toutes les propositions restrictives sur les LLMs sont systématiquement moins bien votées que celles faisant la part-belle à leur usage ou au moins acceptent leur utilisation. On ne sait pas pour le champ du logiciel libre au sens large, mais côté Debian, le signal est assez clair : les contributeurs utilisant des LLMs sont les bienvenus, tant qu’ils s’essuient les pieds avant d’entrer comme tout le monde.Les affiches faites par IA : un fléau graphique ?
Comme c’est désormais la coutume, je termine ces cinq liens par une vidéo ; aujourd’hui, je vous recommande donc une vidéo de France Culture (oui) qui a fait une vidéo très accessible pour les réseaux sociaux expliquant pourquoi on peut être répulsé par ces affiches « générées par IA » qu’on aura vu tout l’été (et que je continue de voir tous les matins sur la vitrine de mon Carrefour). Ça ne se contente pas de simplement constater l’étendue de l’utilisation de ces outils : ils parlent aussi de la différence entre un usage « vernaculaire », comprendre « par tout un chacun pour une brocante », et un usage institutionnel par des municipalités ou des entreprises qui pourraient clairement faire appel à des illustrateurs. Super vidéo à partager à votre barman favori pour le pousser à faire plus simple mais plus authentique pour promouvoir sa prochaine soirée à thème…
Le changelog
Cette semaine, on prends l’air en pensant à autre chose, même si ces foutues IAs arrivent toujours à s’immiscer d’une manière ou d’une autre dans le reste de ma veille.
Let’s stop debating the Gnu Imp Manipulation Program
Un cri du cœur : le bateau est parti, comme disent les anglais. The GIMP est une purge, désavouée depuis plus de trente ans par des générations d’artistes, et le proposer comme alternative à Photoshop c’est autant absurde qu’inutile. Si vous voulez vraiment proposer un outil cool pour faire du dessin, proposez plutôt Krita (utilisé fièrement par des artistes incroyables comme David Revoy), mais sinon laissons plutôt les artistes tranquilles avec leurs problèmes sincères qui ne se résument pas à un simplement changement d’outil !How we saved 100 terabytes of memory by optimizing 1.1.1.1’s DNS cache
Cloudflare, pour de bonnes ou de mauvaises raisons (selon votre point de vue sur leur hégémonie sur le web), a des très gros besoins en terme de ressources, en tant que principal distributeur de contenu sur le web. Dans ce post de blog, ils racontent une petite anecdote fascinante qui montre comment modifier quelques structures de données leur a permis d’économiser des quantités gargantuesques de RAM à l’échelle de toute leur flotte de serveurs. Du même genre, ils ont raconté une autre anecdote du même genre quelques semaines plus tard, même si ce commentaire très intéressant sur Lobsters souligne qu’ils auraient pu faire ça de manière encore plus simple.RFC 6919: Further Key Words for Use in RFCs to Indicate Requirement Levels
Si vous faites partie de ces nerds qui aiment lire les RFCs, ces documents qui décrivent les protocoles et les bonnes pratiques des technologies de base qui font tourner Internet au sens large, l’humour de cette RFC ne vous laissera pas indifférent. Le tout, avec à chaque fois des exemples tirés de véritables RFCs !How much of F-Droid is LLM generated?
F-Droid est un « app store » alternatif et libre créé pour Android y’a plus de 15 ans. J’ai toujours vu F-Droid comme étant la Biocoop des apps mobiles : tout y est libre, compilé avec soin par des bénévoles… ah, euh, et aussi plein d’applications vibe-codées ou en tout cas développées avec des agents ? Ah, euh, d’accord, okay. De quoi mettre un peu à jour l’image que j’avais de F-Droid… ou serait-ce plutôt de l’étendue de l’usage de ces outils ? Avec Debian dont je parlais plus haut, ça commence à faire beaucoup…Jusqu’où je peux compresser cette image ?
Cette vidéo de madroz a un style bien à lui, que je qualifierai humblement de « violent », mais si vous pouvez passer outre certaines de ses obsénités, c’est un bel exercice de vulgarisation sur la manière dont fonctionnent les formats d’images aujourd’hui et sur les enjeux autours des codecs actuels, le tout parsemé d’extraits d’une interview de Jean-Baptiste Kempf sur le sujet (aussi disponible in extenso).Ce qu’on sait de la philosophie antique pourrait bientôt radicalement changer
Le saviez-vous ? Des avancées dans les recherches ont permis de lire des parchemins partiellement carbonisés retrouvés à Pompei. Ça intéresse beaucoup Monsieur Phi, ce vulgarisateur, professeur de philosophie dont je vous ai déjà recommandé les vidéos par le passé pour son intérêt philosophique autour des LLMs et ce que ça peut (ou non !) nous dire sur le fonctionnement de notre raisonnemment ; cette vidéo-ci explique bien comment le contenu de ces parchemins pourrait être extrêmement intéressant pour la recherche sur la philosophie antique, et pourquoi le risque d’hallucination sur ce genre de démarche est proche de zéro (ce ne sont pas des LLMs !).Le dernier problème des Olympiades de maths qui aura échappé aux IAs
Enfin, ce dernier lien est la dernière vidéo en date de 3Blue1Brown, ce créateur qui explique des concepts de maths depuis plus de dix ans maintenant avec des graphiques animés tout simple et des petits personnages sous forme de pi. Il s’est attelé à une tâche bien difficile : essayer de faire comprendre à des spectateurs n’ayant pas un grand niveau de mathématiques la logique (et surtout l’intuition) derrière le sixième et dernier problème des Olympiades de mathématiques de 2025, ce seul problème qui a échappé à toutes les « IAs » qui avaient essayé de passer cette épreuve cette année-là. Ça dure une bonne heure, mais j’ai trouvé ça franchement clair, et sa conclusion sur les réformes nécessaires sur ce qu’on considère comme « résoudre un problème » auprès de la communauté scientifique à notre époque d’automatisation en chaîne m’a redonné un peu d’espoir.
Quoi de neuf chez Stan ?
Vous l’avez peut-être remarqué : cela faisait seize semaines que je n’avais pas pris la plume et que vous n’aviez pas reçu de newsletter. J’en suis sincèrement désolé.
Pour faire bref, j’ai réussi à me piéger tout seul dans un rythme de travail personnel qui n’était pas sain, et avant de trop brûler mes ailes (ou de nuire à l’avancée du travail que je fais avec mes collègues du projet OSRD), j’ai dû en tout urgence lâcher du lest… et même si l’écriture de ces éditos et de ce recueil de liens est un véritable plaisir, cela restait un travail qui pesait trop lourd dans des semaines que j’avais mal équilibrées.
Ces seize semaines de « vacances personnelles » m’ont permis de véritablement retrouver l’envie d’écrire, et surtout l’énergie pour mieux m’organiser pour éviter que ça soit un sacerdoce plutôt qu’une occasion de partager un point de vue et des liens intéressants. Si dans les coulisses mon organisation change (au détriment d’autres projets personnels), c’est pour permettre que le rythme de parution des newsletters ne change pas : un édito toutes les deux semaines le lundi à 11h ; et l’autre lundi sur deux, un stream à 21h.
Pour respecter ce temps de pause, j’ai donc aussi levé le pied sur mon projet de jeu Tempoquiz cet été… mais ce fut l’occasion pour moi de faire appel à quelqu’un de très talentueux pour s’occuper de quelque chose dont je suis très fier. Hâte de vous partager ça d’ici quelques mois !
Au fait, c’est l’occasion de vous le dire : je n’utilise pas de LLMs pour écrire cette newsletter. Ça me semblait évident, mais autant le dire explicitement. À l’exception d’un simple vérificateur orthographique et de grammaire, je préfère que mes tournures bancales soient les miennes, plutôt que celles que vous pourriez voir partout ailleurs sur le net. Je pense que le jeu en vaut la chandelle :)
À très vite,
— Stan (@signez.fr)
C’était la version web de la newsletter de lundi.dev du lundi 21 septembre 2026.
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