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…car pouvoir vendre des billets de train rapidement, à l’époque c’était innovant
du lundi 5 octobre 2026
Hommage à (feu) Capitaine Train
Dans le trajet du retour d’un séminaire de planning « hors-les-murs », mon collègue Arnaud découvre par hasard les vieilles photos de l’équipe de Capitaine Train, conservées par de la Wayback Machine. Puis, se retournant vers moi dans notre carré de sièges de seconde classe, il me demande tout naturellement : « mais du coup, c’était quoi Capitaine Train ? »
« Ahhhh, Arnaud… imagine-toi vouloir acheter des billets de train en 2012. » (Il avait 13 ans à l’époque. Ouch.) Tu te dis que ça vaut mieux de les acheter en ligne, comme c’est possible de le faire depuis cinq ou six ans. Il est même possible désormais de les imprimer à la maison, voire de les présenter sur son smartphone (ça aussi, c’est assez récent). Sur quel site te rends-tu ?
Celui de SNCF est alors ca-ta-stro-phique : ça s’appelle « Voyages-SNCF.com », et c’est le sport national que de s’en plaindre. Truffé de publicités, d’une lenteur insupportable, avec un design déjà daté et aussi pratique que de décapsuler une bière avec des mouffles de ski, Voyages-SNCF, ou VSC (on avait vite la flemme de l’appeler de son nom complet) avait le monopole de la vente de billet de trains en ligne.
Sauf que voilà : trop gourmande, la branche de vente aux particuliers de SNCF avait décidé de nouer un partenariat avec Expédia pour vendre également des billets d’avion et des paquets complets de voyages organisés. Il n’en a pas fallu davantage pour que les agences de voyages saisissent l’Autorité de la Concurrence : déjà qu’avoir le monopole de la vente en ligne des billets de train, c’est discutable, mais si en plus « l’opérateur historique » en profite pour gratter des parts de marché sur l’avion, faut pas déconner. L’Autorité de la Concurrence va dire stop, et forcer la SNCF a rendre possible à d’autres acteurs de vendre, en ligne, des billets de train.
L’info tombera par hasard chez trois ingénieurs, qui créeront un site concurrent dont le principal objet était… de faire mieux que la SNCF pour vendre ses propres billets de train. (Ne soyez pas trop tristes pour elle : la commission sur les ventes, rendue obligatoire par l’Autorité pour assurer que la concurrence soit effective, était si ridicule — de l’ordre de 2 à 3% seulement — que Capitaine Train perdra de l’argent sur chaque billet vendu pendant plusieurs années.)

Pendant longtemps, le seul intérêt visible de Capitaine Train, c’était… d’être rapide ! Et aussi, d’avoir le soin du détail, de trouver quelques combinaisons de trains que la SNCF ignorait volontairement (les correspondances OUIGO et TGV, par exemple), d’offrir un service client exceptionnel, et surtout une « expérience utilisateur » aux petits soins. Ça a suffit pour qu’avec pas mal de bouche à oreille, de plus en plus de clients affluent pour voir cette nouvelle alternative. De mon côté, c'est mon « quasi-parrain de promo » Paul qui me conseillera d’utiliser ce site. « Tu verras, tu ne voudras plus jamais utiliser l’autre site », me disait-il à l’époque. J’ai vite compris.
Amoureux du concept, du site et de son interface léchée, j’ai saoulé tout camarade à l’INSA parlant d’un futur trajet en train pour utiliser « ce super site pour acheter tes billets, tu verras c’est super ! ». À tel point que quand on m’a trouvé désœuvré au milieu de la salle de repos ne sachant pas où chercher un stage de fin d’étude, mon pote Benjamin a tout naturellement fait le lien entre les deux : « mais pourquoi tu n’envoie pas un mail à ce site dont tu nous saoule si souvent, là ? » Trois semaines plus tard, je commençais au 9, rue Ambroise Thomas dans le 9ème arrondissement de Paris (à deux pas du premier Big Fernand, d’ailleurs… ils étaient déjà insupportables, mais leurs burgers étaient bons, c’était déjà ça !).
Le coup de foudre professionnel fut total : ce stage s’est transformé en mon premier CDI, un groupe d’amis avec qui je reste en contact une décennie plus tard, et une barre mise très haut pour mes futures expériences professionnelles. Puis, un rachat plus tard, ce qui est devenu Trainline a perdu un peu de ce qui me faisait vibrer, et j’ai décidé de réinvestir ce que j’avais alors gagné (grâce à quelques stock options à la française) dans ce qui fut Les Croissants — mais ça, c’est une histoire pour un autre édito.
Bref, Capitaine Train, c’était un site pour vendre des billets de train. Un excellent produit arrivé à un excellent moment ; même s’il n’existe plus sous la forme qui a tout changé pour moi, je serai toujours un peu nostalgique, 14 ans après, de ce Capitaine qui m’aura emmené si loin, sur les rails comme dans la vie.
Les 5 tabs
Aujourd’hui, on parle de ce qu’on a perdu en lisibilité ou en foi dans le quotidien, ce qu’on a gagné en se débarassant de vieilles technos ou de logiciels propriétaires, et de ce que quatre pigeons sur cinq n’ont pas perdu il y a 25 ans.
Online Auction: One printed IP/ICMP « ping » packet sent by carrier pigeon per RFC 1149
Connaissez-vous la légende de la RFC 1149 ? Les RFCs, si vous ne le savez pas, sont les documents qui consignent les standards utilisés par une bonne partie de l’Internet au sens large : c’est par exemple via une RFC qu’a été défini le protocole TCP/IP, d’où viennent notamment les fameuses adresses IPs. Une des traditions, qui ne s’est pas encore perdue, c’est de faire des standards humoristiques pour le 1er avril : des idées loufoques d’ajouts à des standards existants ou de tous nouveaux protocoles plus absurdes les uns que les autres, comme le fameux code de réponse 418 Je suis une théière. La RFC 1149 proposait, le 1er avril 1990 — un an avant ma naissance… — un protocole simple pour envoyer des paquets TCP/IP, donc, par… pigeon voyageur. Onze ans plus tard en 2001, des norvégiens facétieux ont voulu tester ce protocole grandeur nature… et ont réussi à envoyer neuf paquets, et à en recevoir quatre, sur une distance d’environ cinq kilomètres. Et c’est donc un de ces quatre paquets imprimés, attachés à une patte d’un pigeon, puis reçus y’a 25 ans qui est mis en vente aujourd’hui par l’auteur originel de cette RFC. Rigolo !CSS Curiosities of the Past
Je me transforme souvent en vieux-rescapé-des-temps-anciens au boulot en expliquant à mes collègues plus jeunes à quel point le CSS d’aujourd’hui est merveilleux au regard de ce qu’on devait se coltiner il n’y a une dizaine d’années. Le quotidien du développement web n’est pas toujours de tout repos, mais les énormes avancées des navigateurs depuis 2020 me rendent sincèrement heureux. Ce post de Declan Chidlow (Vale) revient sur toutes les bizarreries qui ont été collectionnées avec le temps, un véritable musée des horreurs qui pourrait lui aussi m’emplir de nostalgie si je n’avais pas autant souffert d’une technologie qui a pendant trop longtemps cherché à se justifier outre-mesure sans permettre aux développeurs de centrer facilement un élément dans un autre. (Le même auteur avait fait le même exercice le mois dernière sur le HTML, et y’a aussi de quoi cauchemarder.)CleanShot’s bulldozed settings
Avez-vous déjà vécu cette sensation de vous dire que certes, une nouvelle interface correspond davantage aux codes esthétiques actuels, mais qu’on s’y repère quand même franchement moins bien qu’avant ? Marcin Wichary, auteur du superbe blog « Unsung » principalement dédié aux interfaces graphiques et au design industriel en général, prends le cas concret de la mise à jour du logiciel qu’il utilise pour faire des captures d’écran et décortique pourquoi l’interface qu’elle introduit est vraiment moins pratique que la précédente. C’est par cet article que je suis tombé sur son blog, et j’ai passé une bonne heure à le parcourir sans me lasser tant il semble avoir des avis passionnants sur ce monde-là ; une lecture à suivre, et ça ne m’étonnerait pas que vous le voyez à nouveau apparaître dans cette newsletter à l’avenir…State of Devs 2026: AI Sentiment
J’essaye de ne pas trop parler d’IA dans cette édition de la newsletter (après tout, on en a déjà pas mal parlé la semaine dernière), mais voilà quelques « points de données » intéressants sur le sentiment général qu’ont les développeurs face à cette technologie ; comme vous pourrez le constater, c’est vraiment bien distribué entre des gens très sceptiques, d’autres très enthusiastes, et une multitude de nuances. C’est une répartition à garder en tête dans nos discussions — non, l’IA n’est pas apprécié par tous dans notre industrie, mais elle n’est pas non plus massivement rejetée pour autant ; le rejet n’est pas majoritaire mais le soutien n’est pas non plus franc pour autant.The Blenderooms: from YouTube to Hollywood, the VFX of A24’s Backrooms (BCON26)
Le saviez-vous ? Le film des Backrooms de Kane Pixels, sorti en salle cet été et au succès tonitruant (tant critique qu’auprès du public), contient de nombreux plans réalisés en images de synthèses… sous Blender ! Kane Pixels, le jeune réalisateur à l’origine de sa version de la légende urbaine numérique des Backrooms, a réalisé toutes ses vidéos avec ce logiciel libre, donc c’était un prolongement naturel de la part des artistes travaillant sur le film que de l’utiliser également, et c’est ce dont parle cette conférence tirée de la BCON, l’évènement annuel autour de Blender. Ça vaut le coup, ne serait-ce que pour voir la déconstruction de certaines scènes et pour se rappeler que des outils libres gagnent du terrain dans le domaine de la création !
Le changelog
Cette semaine, ma recherche de lien a démarré en étant assez laborieuse, pour au final trouver plein d’articles intéressants d’univers différents. Je suis curieux de voir si cet équilibre vous conviens ou non, n’hésitez pas à me le dire en répondant à cet e-mail, je lis toutes vos réponses !
Plus moderne. Plus flexible. Plus Firefox que jamais.
Firefox vient de se refaire une beauté avec une nouvelle apparence ; bon, comme souvent, il me faudra plusieurs semaines avant de m’habituer vraiment aux changements esthétiques, mais je suis ravi de voir qu’ils ne se reposent pas sur leurs lauriers. C’était aussi l’occasion pour eux de remettre une couche sur leur position d’« entre deux » sur l’IA, en mode « vous ne ratez pas le coche avec nous mais vous restez en contrôle », ce qui est… une stratégie, dirons-nous.The state of SIMD in Rust in 2026
Si vous ne connaissez pas trop ce que c’est que les SIMD, ces instructions qui permettent à du code d’aller plus vite en en demandant davantage à nos processeurs, ce post a l’avantage d’à la fois rappeler ce que c’est, comment ça marche, et comment les utiliser aujourd’hui avec Rust.Improving site performance by shipping more CSS
GitHub a de nombreux problèmes de performances, mais ils travaillent (apparement) à accélérer l’affichage de leurs pages… et leur stratégie pour ça est d’arrêter les solutions de styles qui s’appuyaient trop sur Javascript. Écoutez, si ça peut pousser davantage de projets à s’appuyer sur le fait que CSS est bien plus puissant désormais qu’à l’époque où ces solutions hybrides étaient à la mode, ça ne peut pas faire de mal !IANA’s email about why example.com changed
Je n’avais jamais porté trop d’attention au vénérable site example.com, dont le principal intérêt est de n’être que ça : une adresse URL neutre quand on a besoin d’en écrire une quelque part. Dites-vous qu’il a un peu changé : il respecte désormais le thème clair ou sombre de votre navigateur, arbore une sobre petite icône de documentation, et son texte est traduit dans plusieurs langues. Sympa.Benchmarking Wild vs Mold
Utilisez-vous un linker ? Si vous développez dans un langage compilé, c’est très probable que vous en utilisiez un, même si vous n’y pensez pas au quotidien. L’antédiluvienlda des remplacements plus modernes, et les contributeurs derrière tantmoldquewildtravaillent d’arrache-pied à accélérer autant que possible cette étape. Passionnant.We’re going to need default hard budget caps on pretty much everything
J’envoie souvent des liens vers le blog de Simon Willison pour sa veille sur les LLMs ; je le trouve autant enthousiaste que relativement lucide sur les limites et certaines considérations clés sur ces sujets. Là, point de tout ça ; il souligne surtout que la plupart des services devraient proposer des « budgets maximums » pour éviter les factures salées. Les hyperscalers (les fournisseurs de clouds) étaient de mauvais élèves sur ces sujets : jusqu’à peu, il était impossible de configurer un montant maximum de budget alloué à un projet sur AWS ou Google Cloud. J’apprends donc via ce post que ça a enfin changé, AWS permettant depuis le 16 septembre de fournir un montant maximum. Ouf !Why is Hacker News like that?
Si vous avez l’impression qu’Hacker News penche quand même vraiment à droite, ça n’est pas qu’une impression. Drew Devault, dont on doit également la liste des contributeurs open-source « bizarres » dont je vous parlais y’a deux semaines, s’est posé la question sur pourquoi Hacker News ressemble à… « ça », et je pense que son analyse touche bien sa cible.
Quoi de neuf chez Stan ?
Pardon, on est déjà en octobre ?! La rentrée est passée très vite et je me retrouve très en retard sur mes projets annexes, hors du travail que je réalise au sein du programme OSRD.
Ceci dit, j’ai pris du temps pour améliorer mon quotidien : un petit pied magnétique pour y accrocher mon iPad qui prenait la poussière histoire de m’ajouter un troisième écran d’appoint (avec l’aide d’OpenDisplay, une implémentation libre de l’idée de « Sidecar » d’Apple qui permet d’étendre son bureau sur un iPad), une carte son plus adaptée à mon quotidien rempli de visios pros comme persos, et un peu de temps pour m’occuper de mes proches dans une époque assez turbulente.
J’espère que vous aussi, vous prenez du temps pour vous… ne sous-estimez pas l’importance de votre quotidien !
Je l’ai déjà dit plus haut, mais n’hésitez pas à répondre à cet e-mail si des choses vous ont plu ou au contraire déplu : c’est ma seule récompense pour ce petit boulot que je fais dans mon temps libre ! Si vous lisez ça sur le web, vous pouvez aussi m’envoyer un post sur Bluesky ou sur Mastodon ; vous pouvez aussi suivre mes streams sur Twitch ou les rattraper sur YouTube.
La nostalgie a ses limites ; aujourd’hui, j’achète sans problème mes billets avec SNCF Connect, qui n’a plus rien à voir avec le Voyages-SNCF que j’aimais tant détester au début des années 2010. Et accessoirement, je continue de travailler pour aider à faire rouler des trains… y’a pas à dire, j’aime bien être entouré de ferrovipathes.
À très vite,
— Stan (@signez.fr)
C’était la version web de la newsletter de lundi.dev du lundi 5 octobre 2026.
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