lundi.dev
...heureusement que les jeunes sont plus inspirés sur les pancartes
du lundi 2 novembre 2026
Taxons les géants plutôt que les gigas
Vous connaissez la dernière trouvaille des députés du Parti socialiste en France ? Une nouvelle taxe ! Bon, dit comme ça, on dirait une complainte de mec de droite bien ultralibéral, et ça serait assez mal me connaître (je me qualifie plutôt d’écolo qui se radicalise de plus en plus à gauche chaque année qui passe), mais toutes les taxes ne se valent pas, et celle-ci risque de vous faire également sortir de vos gonds.
Vendredi dernier dans l’enceinte de l’Assemblée nationale française, le député PS des Bouches-du-Rhône Laurent Lhardit a donc proposé un amendement rajoutant une nouvelle taxe touchant au numérique. Chaque gigaoctet transféré vers un client d’un fournisseur d’accès à Internet français coûtera désormais 5,5 centimes à l’État.
Je n’ai pas de mots pour exprimer à quel point c’est absurde.
Si vous vous dites que « c’est bon, cinq centimes, ça ne va ruiner personne », c’est que vous n’avez aucune connaissance des ordres de grandeur des consommations de données de n’importe quelle plateforme en ligne. Numerama a fait le calcul : télécharger une copie du jeu vidéo GTA VI, qui fait 210 Go, coûterait la bagatelle de 11,55 €, juste avec cette taxe. Et comment fait-on pour les mises à jour de sécurité de nos systèmes : qui va payer à la place de Debian ou de Mozilla les millions d’euros qui seront répercutés par les intermédiaires qui leur factureront cette taxe, ou qui la répercuteront sur les prix ?
Encore une fois, après le pare-feu OpenOffice, après la taxe copie privée qui continue de coûter des dizaines d’euros à chaque achat d’ordinateurs portables alors que presque plus personne ne télécharge de musique ou de films, après le manque de respect constant du droit européen, je n’en peux plus de tous ces députés qui ne prennent pas la peine de faire des produits en croix pour se rendre compte de l’absurdité d’une mesure qui ferait payer à Twitch 50 centimes par viewer sur une session de deux heures de stream.
Heureusement, même si elle a été adoptée à une voix près (…sur 21 voix exprimées, mais ne revenons pas là dessus, ça va encore m’énerver), ça n’est que la première lecture du budget. Le Sénat va faire son travail de relecture en recevant, j’imagine, des dizaines de complaintes de tout un tas de lobbies qui auront raison de se manifester. En attendant, les géants du numérique pourront continuer à ne payer que très peu d’impôts en France, et l’énergie passée dans cet amendement absurde n’apportera aucun répit à la jeunesse, qui a besoin de moyens qui ne dépendent pas de leur choix de débit de vidéo pour regarder leur streamer préféré.
Les 5 tabs
Aujourd’hui, a contrario de l’édito qui n’en parlait pas (c’est pas souvent), on va parler d’« IA », de ceux qui n’en veulent plus, de ceux qui n’en ont pas besoin, de ceux qui essayent de les comptabiliser, et de ceux qui n’en peuvent plus, tant dans leurs écrans que dans leur jardin.
Policy on the use of Generative Artificial Intelligence for NLnet-funded projects
La fondation à but non lucratif NLNet est connue dans le monde du logiciel libre : ces néerlandais aident beaucoup de projets via des bourses et des subventions. Désormais, comme le précise cette annonce, ils ne le feront que pour des projets qui n’utilisent pas de LLMs de manière active ; ils restreignent notamment l’usage de ces « IA génératives » qu’à ce qu’ils appellent un usage « read-only » (en lecture seule, donc). C’est assez bien décrit, ça se lit assez bien, et dans une quête d’équilibre dans les différents types de politiques que l’on peut mettre en place pour des projets de logiciels libres, leur influence va sans doute être cruciale, face à un Linus Torvalds qui raconte à qui veut l’entendre l’ampleur de son usage de ces outils…The Last Proof of Human Craft: Forging a Microsoft Edge Full Chain with Logic Bugs Only
Le chercheur en cybersécurité Orange Tsai (rien à voir avec l’opérateur : Orange, c’est son prénom !) raconte dans ce billet comment il a trouvé un ensemble de différents bugs lui permettant de passer à travers les systèmes de sécurité de Microsoft Edge et de faire une « chaîne complète » de bugs rendant vulnérable quiconque à de l’exécution de commandes en un clic. Et surtout, comme il l’explique, sans avoir besoin de Claude ou autres GPT, ce qui est notable dans le monde de la recherche de failles, devenu très adepte de ces outils semble-t-il très efficaces. Il le dit lui-même en fin d’article : il ne se définit pas comme réfractaire aux « IAs », juste, il ne s’y était pas encore mis !DALIA Core Specification
Et s’il y avait un « nutrislop », ou un « slopiscore » ? Comprendre, une manière standardisée d’indiquer à quel point une œuvre, un processus, un logiciel, etc. était entièrement créée par une « IA », ou juste avec de l’aide ponctuelle, ou au contraire pas du tout ? En gros, est-ce qu’on ne mériterait pas de se mettre d’accord sur ce dont on parle ? Ça peut sembler être une tentative de négociation ou d’élargissement de la fenêtre d’Overton des idées acceptables, mais c’est aussi une bonne manière d’avoir un référentiel commun lorsqu’on souhaite se fixer des règles ou savoir ce qui est acceptable ou non. Très utile.I want my Wednesday back
Le rythme de parution de cette newsletter et mon empêchement lundi dernier ne m’ont pas permis de réagir à chaud sur ce qu’on a vécu il y a bientôt deux semaines : la moitié des sites Internet débranchés à la va-vite pour protéger tout ce qui était, de près ou de loin, codé ou déployé en PHP ces douze dernières années. Mais était-ce vraiment nécessaire ? Lucas Luitjes n’est pas convaincu, et aimerait bien qu’on lui rende son mercredi noir, et les cheveux qu’il a perdus ce jour-là.On a réussi à filmer ce que ChatGPT vous cache (Le Monde sur Youtube)
Ce titre un peu racoleur reste une bonne accroche pour le sujet évoqué par cette vidéo du journaliste Marc Bettinelli au sein de la rédaction du Monde : on entend souvent parler de la grande frustration des américains concernant les constructions de data-centers, sans pour autant se rendre compte du gigantisme de nombre de ces projets. Les chiffres nous permettent de comprendre que c’est grand, mais les images en drone permettent de prendre conscience d’à quel point c’est immense. Avec en parallèle la chute de plusieurs valeurs boursières clés du numérique, l’éclatement de la bulle fera pour sûr très, très mal.
Le changelog
Cette semaine, j’ai encore d’autres liens qui parlent d’« IA », mais aussi des anecdotes mignonnes, promis.
No Signs of AI Payoff Outside the Tech Sector
J’entends parfois parler d’Apollo (souvent dans la super newsletter gratuite de Matt Levine, Money Stuff), mais je n’avais pas encore eu l’occasion de lire un de leurs « Daily Spark », ces courts rapports sur un sujet précis. Ici, Torsten Slok souligne à quel point les valeurs hors numériques du S&P 500, ces cinq cents plus grandes valeurs boursières, n’ont absolument pas profité de l’engouement de l’économie américaine pour les IAs…We’ve received our first response from the Project Suncatcher prototype satellite
…mais ne vous inquiétez pas : Google vient de recevoir son premier haiku généré sur un de leurs satellites. La vidéo intégrée dans l’article est d’un ridicule infini, et me laisse pantois quant à l’incapacité crasse de ces grandes entreprises à se rendre compte de l’indécence de ce genre d’annonce.The October inflection point for vibe game development
Si vous voulez un reality check de ce que sont capables de faire ces LLMs (quand ils ne sont pas dans l’espace, donc), Simon Willison s’amuse à faire coder des petits jeux. Pardon, je dis petits jeux, je voulais dire des jeux complets en 3D qui seraient funs à jouer. Ne soupirez pas trop fort, ou dans la bulle qui doit éclater, s’il-vous-plaît.The support case of a customer who said that all they could see was a black screen
Une petite anecdote rigolote donc, provenant de Raymond Chen ; c’est un habitué d’anecdotes croustillantes, le blog « The Old New Thing » étant grosso-modo un blog d’anecdotes de vieux de chez Microsoft. Là, ça parle d’écrans noirs, plus ou moins volontaires…What stable Rust stands on
Le compilateur Rust en version stable utilise lui-même des fonctionnalités qui ne sont pas encore disponibles en version stable. Kivooeo, contributeur du compilateur, en décrit deux d’entre elles, et c’est chouette de savoir que ça arrivera peut-être bientôt dans du code près de chez vous.Bastion of the Turbofish (extrait du code source de Rust)
En parlant de Rust, saviez-vous que la suite de caractères::<>, que l’on peut être amené·e à taper, s’appelle le « turbofish » ? La développeuse qui avait trouvé ce nom n’est hélas plus de ce monde, mais un hommage lui est notamment rendu dans ce joli poème qui précède un des tests du compilateur, et qui a pour but de vous rappeler que vous ne pouvez pas vaincre le turbofish : vous avez besoin de lui.Excusez-moi, j’avais une question… (TikTok, @ticketforroad)
Pour terminer cette liste, une fois n’est pas coutume, une vidéo TikTok de quelqu’un qui réussit à demander tout et n’importe quoi à une contrefaçon vocale (impromptue) de Jean-Marc Jancovici par téléphone, qui devient pour cette occasion une super calculatrice.
Quoi de neuf chez Stan ?
J’ai rouvert mon éditeur de code sur Tempoquiz ! Bon, certes, ça n’était que pour y mettre à jour des dépendances et m’en « ré-imprégner », mais celles et ceux qui sont passés par là pourront reconnaître les signes de quelqu’un qui s’y remet petit-à-petit après s’être un peu trop cramé. Je suis assez confiant sur ma capacité à mettre le mois de novembre à profit de ce petit projet qui a pris beaucoup trop de retard.
J’ai aussi pris du temps pour moi en jouant, une fois n’est pas coutume, à un jeu solo d’énigmes un peu horrifique (saison oblige), appelé Desktop Explorer ; c’est un jeu indépendant réalisé par un petit studio mexicain, et le mélange « interface basée sur un ordinateur fictif » et petite ambiance sombre a bien réussi son objectif.
Le reste du temps a plutôt été consacré à regarder beaucoup trop de vidéos liées aux élections de mi-mandat qui se dérouleront aux États-Unis ce mardi (ce sujet me passionne un peu trop…), le tout en continuant de jouer à (not)solitaire pour occuper mes doigts !
J’ai hâte que nos hommes et femmes politiques prennent davantage au sérieux le monde du numérique. En attendant, j’espère que votre mois de novembre se passera bien, et que les lycéens, comme les étudiants, auront gain de cause, ou trouveront au moins de la force dans les mobilisations prévues ce jeudi. Dans tous les cas, j’espère vous compter au rendez-vous lundi prochain pour un stream, qui ne coûtera pas encore une fortune à réaliser !
À très vite,
— Stan (@signez.fr)
C’était la version web de la newsletter de lundi.dev du lundi 2 novembre 2026.
Vous pouvez vous abonner à cette newsletter pour la recevoir dès 11h un lundi sur deux, ou souscrire au flux dédié avec votre lecteur RSS/Atom habituel.